Stéphane Joost au sujet de la géomédecine

Stéphane Joost est collaborateur scientifique senior au laboratoire de Systèmes d'Information Géographique de l'EPFL (LASIG).  Il oriente notamment ses recherches sur le domaine de la relation entre la génétique et la géographie, ainsi que sur la géomédecine. Il nous parle ici de ce dernier domaine, qui situe bien la géomatique dans un monde d'innovation, à la convergence de la géographie, du BigData, de la digitalisation et de l'aménagement du territoire.

Stéphane, tu amènes la géomatique dans des domaines inhabituels. Raconte-nous sur quel domaine portent tes recherches ?

Nous cherchons effectivement à utiliser les outils d'analyse spatiale pour démontrer l'impact de l'environnement urbain sur la santé. Le processus consiste à cartographier des pathologies afin de les croiser avec les caractéristiques du cadre de vie. Il s'agit ensuite de vérifier s'il est possible de mettre en évidence des corrélations entre ces 2 domaines a priori éloignés.

Concrètement, vous étudiez quels aspects de la santé ?

Dans une de nos études récentes, nous avons cherché à représenter spatialement l'indice de masse corporelle (IMC) d'un échantillon de 6000 habitants de Lausanne qui ont été suivis sur plusieurs années dans le cadre d'une étude longitudinale (projet COLAUS ; www.colaus.ch). Après traitement des données par des méthodes statistiques, nous avons pu mettre en évidence des regroupements de valeurs similaires dans des quartiers distincts de la ville.

Mais il faut être prudent avec l'interprétation de ces résultats. Avant de pouvoir en tirer des mesures concrètes, des analyses plus fines du profil social des habitants de ces quartiers doivent être menées. L'analyse spatiale nous permet d'avoir un point d'entrée pour traiter cette question.

Une telle analyse sort effectivement des sentiers battus de la géomatique. Quelles sont les compétences qui ont dû être réunies pour mener à bien de telles études ?

Le GIRAPH Lab (Geographic Information Research and Analysis in Public Health ; www.giraph.org), dont j'assure la direction avec le Dr Idris Guessous des hôpitaux universitaires de Genève, permet de tirer des synergies entre des spécialistes de différents métiers. La dénomination de "géomédecine" le dit bien, les 2 aspects sont intimement liés si on veut pouvoir tirer des conclusions. Cette association de spécialistes de métiers très différents (un architecte a maintenant aussi rejoint notre équipe), nous permet d'aborder des problématiques avec un regard différent.

Et quelles sont les perspectives pour votre groupe de recherche ?

La quantité de données géolocalisées disponibles croît de manière exponentielle avec la prolifération des appareils connectés et le BigData. Notre but est de pouvoir les exploiter de manière utile à l'aménagement du territoire ou à la gestion des populations. Les regroupements significatifs de hautes valeurs d’indices de masse corporelle sur le territoire permettent par exemple aux responsables de la santé publique de cibler les quartiers où développer les actions de prévention, et aux urbanistes d'influencer les politiques d’aménagement pour prendre des mesures favorables à la santé des citoyens.